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     Ce devait être une matinée normale. Un jour de repos par une chaleur qui promettait d’être encore plus torride. Mais après une énième virée sur le bord de mer, à chercher de quoi me faire la main avec mon boîtier, j’ai eu, pour une fois, une idée de génie.

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     J’ai enquillé les feux rouges les uns après les autres et laissé le tumulte de la ville derrière moi. Plus j’avançais vers ce qui devait être « l’affaire du jour », plus je sentais une émotion indéfinissable m’envahir : Un cocktail étrange d’excitation et de crainte. Lorsque les habitations se sont faites plus rares, j’ai pensé que c’était vraiment une belle journée de toutes façons, peut être pour me rassurer.

     J’ai garé la bécane sur le parking. Les racines des pins en avaient soulevé le bitume. En arrivant devant l’édifice, je me suis rendu compte que la nature reprenait juste ses droits et une question m’a traversé l’esprit : « Combien de temps, encore, avant que tout ne disparaisse ? »

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     Les panneaux de danger un peu partout, n’ont eu pour seul effet que de me donner envie d’aller plus loin : normal ! L’endroit a été laissé entre les mains de sales gosses depuis sa fermeture. Les grafs’ décorent les façades, les murs, les piliers, les vitres (ou du moins ce qu’il en reste) et les escaliers. Certains sont beaux, d’autres de mauvais goût. Tout semble assez bien hiérarchisé : Les amateurs avec les amateurs et les artistes avec les artistes.

     Je me lance dans l’exploration de cet endroit que j’ai fréquenté minot, sautant dans le grand bain avec ma ceinture à flotteurs en liège (espèces de plots enfilés sur une bande de plastique blanc, dont la boucle était souvent rouillée)

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     Trop jeune à l’époque, je ne me souvenais plus de l’immensité du complexe. Prudemment, j’avance entre les bombes de peinture vides, les éclats de verres et le mobilier complètement détruit. Les pédiluves sont à sec. Partout, les herbes folles se sont frayées un chemin entre les dalles et le carrelage. Le plongeoir de haut vol, trône misérablement à l’aplomb d’un bassin à l’eau verte et encombrée de détritus.

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     Mais malgré tout, je l’aime cet endroit ! Les sales gosses y ont passé leur colère avec violence et certainement, bon nombre d’heures à pulvériser de la couleur sur les murs. Ils se sont appropriés cette piscine dont plus personne ne voulait, lui donnant une autre vie ou du moins, lui évitant d’être perdue à jamais.

     Lorsque je suis parti, laissant la piscine de Luminy et un tas de souvenirs, j’ai eu un peu le «mouligouli» (blues Marseillais) mais même si ce lieu est voué à disparaître, il me restera toujours le privilège d’avoir passé une très belle matinée.

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Onc’Jim pour CREATIVE BRIGADE